Thématique de recherche : la ville, le chantier    

La ville, ce lieu fécond et éloquent des activités humaines, à la fois gigantesque et insaisissable dans sa totalité, est depuis plusieurs années le terroir de mes réflexions et l’ancrage de mon travail artistique.  La pratique de l’architecture pendant près de vingt ans a fortement orienté mes observations du territoire urbain et mon questionnement quant aux enjeux liés à l’espace, la mémoire et la perception, et les différents modes de représentation pouvant en découler, dans une approche alliant les techniques du dessin, de la maquette et de la photographie.

 

Comment lire cet espace qui nous habite et que nous habitons, comment interroger sa représentation à travers des vues signifiantes ? 

Le chantier, sorte de chaos structuré habité par tous ces hommes à l’ouvrage, work-in-process en pleine effervescence, m’est apparu comme un lieu  emblématique des perpétuelles mouvances de la cité. Lieu de pouvoir et fief de la gente masculine, le chantier relève aussi d’une profession extrêmement réglée, normée et encadrée, où la part féminine, bien que marginalisée, mérite d’être revisitée. J’envisage le chantier comme un outil de vision du monde, doté de dualités, et pouvant être appréhendé au-delà du discours utopique moderniste et du discours dystopique déconstructiviste, et où les notions de construction et de destruction peuvent parfois se superposer, en des lieux empreints d’ambivalence et d’incertitude.

Processus de création

Dans mes recherches récentes, j’observe et j’archive deux types de chantiers; le Chantier extérieur (chantiers urbains montréalais) que j’observe in situ, et dont je capte plusieurs images photographiques; ces images numériques classées, triées, retravaillées, sont par la suite imprimées tel quel sur divers supports, ou réinterprétées par le dessin et le travail en maquette.  L’image photographique résultante, par l’environnement particulier qui en émane, peut aussi évoquer le Chantier intérieur, celui de l’activité cérébrale, de la mémoire, de la psyché. Celui, fragmentaire et plus autobiographique, de l’expérience et des souvenirs qui en sont la trace. 

 

J’explore ce pan intérieur du chantier aussi par la construction de maquettes. Il y a dans ce travail de mise en scène à échelle réduite l’idée d’un environnement plus mental que physique, étroitement lié à la mémoire.  Des bribes d’histoires réelles et fictives cohabitent dans ces petits habitacles qui peuvent évoquer,  par leur taille et leur forme, l’intérieur d’un boîtier de caméra. Parfois, une image photographique est imprimée et découpée en fragments déposés de manière aléatoire dans la maquette; l’image source est ainsi déconstruite, faisant écho à notre activité cérébrale qui, de la même manière, redessine et déforme les évènements vécus et ressentis. Certaines compositions en maquette sont elles-mêmes photographiées;  il se produit ainsi un va-et-vient entre vues tri-dimensionnelles et vues bi-dimensionnelles, construction et déconstruction…comme si notre manière de voir et notre rapport au monde se renouvellent sans cesse. 

 © 2020 by Geneviève Roy

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